Empire State Observatory

Vue vers le nord : les gratte-ciels de Midtown
Vue vers le sud : vers Downtown Manhattan

J’ai reçu en cadeau une visite à l’Observatoire de l’Empire State Building que je n’avais pas eu le temps d’utiliser avant le début du confinement. L’Observatoire a rouvert récemment et j’en ai profité pour y passer une belle soirée. J’avais choisi un créneau en début de soirée pour pouvoir combiner les vues de jour, avec le coucher de soleil, au crépuscule et de nuit.

En raison de sa réouverture récente et des restrictions actuelles sur le tourisme, le site est quasi-vide. J’étais tout seul depuis l’entrée jusqu’à la première salle d’exposition. Impression très étrange pour un des édifices les plus visités de la ville en temps normal. En fait, il y avait plus de personnel que de visiteurs. Le site de l’Observatoire explique qu’en raison des mesures de lutte contre la propagation du virus, ils ont réduit la fréquentation à 500 personnes à un instant donné, ce qui représente une diminution de plus de 80% de la capacité d’accueil en temps normal.

Sur la terrasse du 86e étage, nous devions être une quarantaine, soit même pas un dixième de la limite citée ci-dessus et une infime partie de l’affluence habituelle. Je n’ai pas beaucoup entendu parler anglais autour de moi. Visiblement les visiteurs du soir étaient majoritairement comme moi des expats qui profitaient de l’observatoire pour eux seuls.

La vue panoramique à 360° est évidemment grisante et c’est un vrai plaisir que de voir peu à peu les lumières s’allumer sur les immeubles et dans les rues, au fur et à mesure que l’obscurité tombe, transformant la ruche en une colonie de lucioles.

Coucher de soleil derrière Hudson Yards
Le siège de l’ONU et Long Island City au crépuscule
… et le tour est bouclé

Robert H Treman State Park

Situé à quelques kilomètres au sud-ouest d’Ithaca, le Robert H Treman State Park – du nom de son fondateur qui acheta le terrain, y planta un millier d’arbres et en fit don à l’État –  est bâti autour d’une rivière que l’on suit le long d’un sentier de randonnée. La rivière descend dans une vallée encaissée en dévalant plusieurs cascades de formes et tailles diverses, la plus haute jaillissant sur 35 mètres de dénivelé.

Comme dans les autres parcs que nous avons visités dans la région – Taughannock et Watkins Glen – les falaises qui bordent la gorge sont constituées essentiellement d’ardoises empilées comme les couches d’un gâteau et que le cours d’eau a tranché comme dans du beurre au cours des derniers millénaires.

Pour l’aspect pratique, tous les parcs de l’État, du moins ceux de la région des Finger Lakes se visitent au tarif unique de $8 par véhicule, mais le ticket donne droit de visiter d’autres parcs gratuitement au cours de la même journée.

La vie sauvage

Un des paradoxes de New York, et pas des moindres, est la vie sauvage qui s’y cache. Au quotidien, on a du mal à percevoir la ville autrement que comme un océan de béton où tout a été dûment terraformé, artificialisé, retracé et bâti et, peut-être à tort, ce n’est pas la métropole la plus verte qui vienne à l’esprit. Pourtant, on y rencontre une faune sauvage que l’on ne soupçonnerait. Florilège :

Evidemment, les écureuils, mais qui ne se rencontrent pas qu’à Central Park. En fait on peut en voir dans à peu près tous les parcs et même en-dehors : agrippé au tronc d’un arbre dans la rue, trottinant sur les fils électriques, perché en haut d’un grillage, parfois même fouillant les poubelles.

En ce moment, allez dans n’importe quel parc ou jardin au crépuscule et vous ne manquerez pas d’y voir des lucioles. Avec fatalisme, elles volètent en clignotant entre les pique-niqueurs et les barbecues fumant. Je n’en ai jamais vu autant, même dans les campagnes françaises.

On m’a montré récemment la photo d’un raton-laveur prise à la fenêtre de la cuisine d’un appartement au 4e étage dans Upper West Side. Il était apparemment monté en grimpant le long du lierre.

Il y a quelques mois, une annonce dans le journal du métro avertissait de la présence de coyotes à Central Park, donnait les précautions en cas de rencontre inopinée avec la bestiole – en particulier de protéger son animal domestique – et recommandait de prévenir la police. Je me demande vraiment comment de telles bêtes ont pu arriver là.

Dans le comté de Westchester, juste au nord de la ville, quelqu’un de ma connaissance loge une marmotte qui a élu domicile dans une anfractuosité au fond de son jardin. Il y a quelques mois, la photo d’un ours noir – un petit, pas un grizzli – trottant sur les marches extérieures d’une maison du même comté, tournait sur des groupes locaux Whatsapp.

Pas vraiment la faune qu’on attendrait dans ou à proximité de la plus grande ville d’Amérique du Nord.

P.S:  Vous aurez peut-être noté que cet article sur la vie sauvage est publié un … vendredi. C’est un pur hasard, et ça rend le calembour encore meilleur.

Cornell University

Maison d’une fraternité

Cornell University, une des 8 membres de la prestigieuse Ivy League, se situe à Ithaca, à l’est du centre-ville. Avec 24 000 étudiants et environ 10 000 membres du personnel (tout compris), c’est une véritable ville dans la ville. Le plan des 8 km² du campus donne le tournis, avec des centaines de bâtiments (608 d’après le site de l’université) de taille et d’architecture très variées, y compris un musée d’art, un auditorium, un lac et un jardin botanique. Fondée en 1865 par l’homme d’affaires et sénateur Ezra Cornell (également fondateur de la banque Western Union) et par le professeur Andrew Dickson White, l’université comporte quinze facultés dont deux à New York City et une au Qatar. L’établissement s’enorgueillit également de 59 Prix Nobel, 1 Médaille Fields et 18 Prix Pullitzer.

Un canyon creusé par une rivière qui coule vers le lac Cayuga coupe littéralement le campus en deux et est surplombé par des ponts et passerelles, d’où la vue porte jusqu’au lac.

Au fond le lac Cayuga

Skaneateles, NY

Bord du lac de Skaneateles

Skaneateles – que je ne suis toujours pas sûr de savoir prononcer correctement – est une mignonne bourgade au bord du lac du même nom, sur la route vers Syracuse. Thrift shops, chocolatiers, bars et autres boutiques s’alignent autour d’un carrefour près du lac. Une jetée non loin de là s’enfonce dans le lac et offre un panorama sur le rivage.

Dans un rayon de quelques kilomètres autour de la ville, on peut se promener dans la nature, apercevoir une cascade – visiblement nombreuses dans la région – et apercevoir de la faune sauvage, en l’occurrence pour nous quelques écureuils chipmunks et un pic-vert dont nous entendions le claquement caractéristique contre un tronc sans parvenir à le localiser.

Chutes du Niagara

American Falls et Bridal Veil Falls. Au fond Horseshoe Falls

Longue journée d’excursion aux Chutes du Niagara depuis Ithaca, 3h de route dans chaque sens, mais ç’aurait été dommage de manque l’occasion, pour une fois que nous en sommes suffisamment près, et nous ne savons pas si nous aurons l’occasion d’y revenir un jour. Le hasard a voulu que nous nous y rendions la veille de la réouverture des attractions (bateau Maid of the Mist et tout le toutim) donc les cascades étaient uniquement accessibles depuis les différents points de vue. En revanche, il y avait peu de visiteurs, et nous avons pu bien en profiter.

Ces cascades archi connues, premier endroit à être déclaré parc national aux USA, ne sont finalement pas si impressionnantes que ça. Le site se compose de trois cascades alignées et séparée entre elles par des îlots : American Falls, Bridal Veil Falls (la plus étroite) et Horseshoe Falls (la plus large), d’est en ouest. Leur hauteur (relativement) modeste de 52m est en revanche compensée par leur largeur : un peu plus de 1100m mises bout à bout, ce qui donne un débit respectable de 2832 m3/s en été (le double en hiver). Horseshoe Falls est la plus impressionnante avec sa forme en fer à cheval (d’où son nom) où l’eau se rue avec une telle vigueur qu’un épais panache de vapeur se forme continuellement depuis le pied de la chute et monte à plusieurs dizaines de mètres au-dessus des chutes. Depuis la route qui mène au parc, on l’aperçoit à plusieurs kilomètres de distance et nous l’avions confondu avec les rejets d’une centrale électrique. Cette route longe la Niagara River qui coule du lac Erie au lac Ontario et qui est alors encore un large cours d’eau étale dont on imagine mal qu’il puisse se terminer dans un tel fracas quelques kilomètres plus en aval.

Avant de visiter le site, j’avais une idée complètement fausse de sa configuration. J’imaginais une crête des chutes d’eau à peu près perpendiculaire aux rivages américain et canadien, et donc une vue peu ou prou similaire d’un côté ou de l’autre. En fait la rive canadienne fait directement face aux chutes et j’y aurais volontiers fait un tour pour le panorama, si la frontière n’était encore fermée. Du côté américain, on accède à des terrasses d’où l’on se contorsionne pour observer au mieux les chutes et les prendre le plus possible dans leurs largeurs.

Ne surtout pas s’imaginer un site en pleine nature. Tout est balisé, bétonné et rendu le plus pratique et fonctionnel possible. De part et d’autre, une ville appelée Niagara Falls – une dans l’Etat de New York, l’autre en face en Ontario – déploie des rangées d’immeubles moches d’où jaillissent de gigantesques hôtels et casinos, et où les chambres avec vue doivent se payer cher. On se croirait presque à Las Vegas. Côté américain, un de ses immenses casinos est exploité par les Indiens Seneca (une nation iroquoise), descendants des habitants autochtones de la région des Finger Lakes et des bords de l’Ontario, avant l’arrivée des colons. Probablement la seule manière qu’il leur reste de plumer les lointains enfants de ceux qui les ont chassés de leur territoire.

Horseshoe Falls. Au fond la rive canadienne

Taughannock Falls State Park

La cascade de Taughannock, dans le parc du même nom, est une chute d’eau d’environ 70m de haut située au fond d’une cuvette à laquelle on accède par une vallée encaissée. Le cours d’eau y serpente au milieu des arbres et laisse une large bande de terre dont chaque nid de poule forme une flaque où l’on peut parfois voir des têtards. Il fait bon se rafraîchir en remontant pied nu le ruisseau. Lorsqu’il se fait plus profond, des familles s’y trempent avec leurs enfants et des chiens s’y ébattent joyeusement.

La rivière alimentée par la cascade se jette un peu plus loin dans le lac Cayuga. La promenade le long de la rivière communique avec le bord du lac où tout le monde se retrouve pour pique-niquer.

Lac Ontario

Depuis la région des Finger Lakes, on peut rejoindre le lac Ontario en roulant plein nord. La plage de Fair Haven, dans le Fair Haven State Park, est un endroit commode pour profiter du lac. De nombreux vacanciers sont venus pour la journée y pique-niquer (avec barbecue), bronzer – mais dans le respect des règles de distanciation sociale – et jouer avec leurs enfants dans l’eau.

Le Lac Ontario est le plus oriental et, avec 18 529 km² (311 km de long sur 85 de large), soit environ 32 fois la superficie du lac Léman, le plus petit –  tout est relatif – des cinq Grands Lacs. Il est si vaste que la rive canadienne se situe bien au-delà de l’horizon et l’ambiance est celle d’une plage en bord de mer. Du fait de sa taille, l’eau y est sensiblement plus fraîche que celle des Finger Lakes et, si les enfants y plongent et s’aspergent en riant, comme si leur joie les imperméabilisait, les adultes se contentent prudemment d’y patauger et n’y restent pas longtemps.

A Fair Haven, une longue jetée en béton construite en L isole une baie profonde, la Little Sodus Bay, où des barques sont amarrées, et en constitue le chenal d’entrée. Certains pêchent à la ligne depuis la jetée, d’autres y festoient ou plongent dans le lac.

Pas un bateau à l’horizon sur la surface du lac. Seule la jetée s’avance sur l’eau, terminée à son extrémité par une balise lumineuse. Juste une étendue à perte de vue où les vagues sont rares, au contraire de la Little Sodus Bay où l’eau est plus agitée et prend des reflets argentés. Le tout sous un ciel immense qui se couvre de nuages annonciateurs d’un orage.

4th of July – masqué et à bonne distance

Ce samedi 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, avait lui aussi des accents étranges en raison de la pandémie mondiale et de la situation encore à moitié confinée de la ville. Première incongruité, quasiment personne ne se baladait aux couleurs de drapeau, au contraire de l’année passée. Mis à part quelques « Happy 4th of July » griffonnés sur les vitrines, on se serait cru un jour normal (au sens de « normal par rapport à la situation actuelle »).

Le traditionnel feu d’artifice – absolument incompatible avec la distanciation sociale vu la foule qui s’agglutine habituellement sur les rives pour l’admirer – a été remplacé par un drôle de dispositif. Chaque jour de la semaine passée, des feux d’artifices ont été tirés dans un des boroughs de la ville (un borough différent chaque jour) pour « rapprocher cet événement festif de ses habitants qui peuvent moins facilement se déplacer » (je cite et traduis de mémoire une explication de la municipalité), mais le lieu et l’heure exacts n’ont été dévoilés à chaque fois qu’au dernier moment, pour éviter que trop de gens l’apprennent et s’y pressent. J’ai un peu de mal à saisir le concept d’un spectacle populaire que l’on maintient en le rapprochant de son public tout en s’arrangeant pour que presque personne ne puisse aller le voir, mais l’événement était apparemment trop important symboliquement pour se permettre de l’annuler purement et simplement, comme ça a été le cas pour tous les événements prévus ces derniers mois, de la parade de la Saint Patrick jusqu’au marathon.

Depuis une bonne semaine également, des Américains jouent à un nouveau jeu : tirer des feux d’artifices « sauvages » depuis chez eux. Ce n’est pas vraiment nouveau, mais cette année, ça a pris des proportions incroyables. Tous les soirs, rien que dans notre quartier – et c’est visiblement pareil dans d’autres quartiers ailleurs dans la ville, ainsi que dans d’autres métropoles du pays – une dizaine de feux d’artifice sont tirés à portée d’oreille, tous très brefs mais étalés jusqu’à une heure très avancée de la nuit, si bien qu’au moins un ou deux nous réveille au milieu de la nuit, ce qui fait toujours plaisir. Le plus tardif dont je me rappelle a été tiré vers 4h30 du matin et le bruit de détonation était si fort qu’il devait provenir du toit d’une maison voisine. Par la fenêtre, je voyais les gerbes d’étincelles se refléter sur les voitures garées de l’autre côté de la rue. J’ai lu quelque part que la mairie de New York les avait interdit et voulait verbaliser les artificiers du dimanche. Je leur souhaite bien du courage. De une, ils sont tirés un peu partout dans cette ville immense, de deux ils le sont vraisemblablement des toits donc quasi-invisibles de la rue et il faudrait les débusquer avec des drones ou des hélicoptères, de trois ils sont lancés à n’importe quelle heure de la nuit donc sur une longue plage de temps. Je croyais que les habitants frustrés épuisaient leurs stocks de feux d’artifice achetés exprès pour le 4 juillet, mais j’ai récemment lu un article qui expliquait que ces braves gens se sentaient désœuvrés et allaient exprès acheter de gros pétards à éclater pour tromper leur ennui. Comme l’achat de feux d’artifices est prohibé dans les États de New York et du New Jersey, tout un trafic s’est même apparemment mis en place depuis la Pennsylvanie.

Heureusement, certaines autres traditions du 4 juillet ont perduré, tel l’inénarrable et inimitable concours du plus gros mangeur de hot dogs organisé par le restaurant Nathan’s Famous à Coney Island. Joey Chestnut, leader incontesté de la discipline, a ainsi à nouveau concouru – mais derrière une paroi de plexiglas et sans spectateurs – et a pour l’occasion battu son propre record en engloutissant, le mot est faible, 75 hot dogs en 10 minutes. Oui, ça fait une moyenne d’un hot dog gobé toutes les 8 secondes et, non, pas de commentaire. On est rassurés de voir ces belles coutumes, synonymes d’Amérique et de liberté d’après les organisateurs, perdurer.

Watkins Glen State Park

Watkins Glen State Park est un parc situé à la lisière de la ville de même nom, à la pointe sud du lac Seneca. Une gorge s’enfonce dans la montagne, bordée de parois à pic constituées principalement d’ardoises qui ont été taillées verticalement par le cours d’eau. Un sentier remonte l’étroit boyau en longeant la rivière qu’il franchit parfois sur un pont. Quelques cascades ponctuent la balade.

Par une chaude journée d’été, pénétrer dans cette faille est un délice, car on y est protégé du soleil par le feuillage des arbres, tandis que la rivière et l’eau qui suinte omniprésente le long des parois apportent une fraîcheur bienvenue. Atmosphère paisible et luxuriante.

L’aménagement du chemin date du début du XXème siècle et a été proprement réhabilité. Le sentier est pavé et bordé d’un muret de pierres, passe sous les cascades, serpente à flanc de paroi et s’y enfonce parfois pour ressortir un peu plus haut.