Public / privé

Peu d’impôts locaux (quelques pourcents sur les 8,875% de TVA à New York City) – probablement encore trop pour certains – et peu de services publics : un service de voirie et d’entretien des infrastructures (lesquelles ne sont globalement pas dans une forme olympique), un d’enlèvement des poubelles, des écoles publiques, un réseau de bibliothèques (NYPL – New York Public Library).

En revanche, tout ce qui relève de la sphère privée est bien visible. Ce sont les propriétaires des maisons qui font refaire les dalles de béton du trottoir devant chez eux. La responsabilité de l’élagage des arbres sur les dits trottoirs est en revanche moins claire ; en fait, personne ne semble s’en occuper. Les bancs des parcs publics – Central Park et d’autres – sont financés par la générosité de donateurs auxquelles une petite plaque en métal vissée sur le dossier des bancs rend hommage. Le moindre musée, le moindre spectacle, outre le prix de l’entrée (généralement $25 à New York pour les musées, la culture est une forme de luxe), se financent par le biais d' »amis » de l’institution dont la mémoire est gravée pour l’éternité sur de grandes plaques dans les halls d’entrée et listée sur des pages et des pages dans les brochures distribuées dans les théâtres et salles de spectacle. L’instauration de toute une hiérarchie de donateurs incite à faire preuve d’une générosité sans limite, distinguant ainsi par exemple ceux qui ont donné plus de $10 millions, ceux à plus de $1 million, ceux à $100k, etc., habillés de noms ronflants et à la visibilité directement proportionnelle au montant du chèque annuel. Ainsi, la plaque où sont gravés les noms des généreux sponsors du Met Breuer avertit-elle qu’y figurent uniquement ceux ayant donné au minimum une somme dont je ne me rappelle plus mais qui devait être à 6 chiffres. Même les bibliothèques (NYPL) comptent sur les dons des usages, idem pour certaines radios. Cela va au point que certaines ambulances ont sur les côtés écrit le nom de M. et Mme Untel qui ont financé le véhicule. Dernier exemple, ce n’est pas la ville de New York qui paye pour le rituel feu d’artifice du 4 juillet, mais le grand magasin Macy’s, qui ne manque pas d’en faire sa pub. Idem pour la parade de Thanksgiving.

Car, bien entendu, donner, c’est bien, mais faire savoir qu’on a donné, c’est mieux, d’où ces impressionnants listings public, et les privilèges accordés aux porteurs des carnets de chèques, comme l’accès à un salon privé pendant l’entracte d’un spectacle.

Plusieurs mécanismes doivent probablement concourir à ce phénomène. Tout d’abord, l’approche américaine qui est généralement que chacun paye pour ce qu’il veut ou utilise, plutôt que de contribuer via impôts et taxes à un budget commun qui sera ensuite utilisé pour le bénéfice de tous. Celui qui veut aller au musée ou assister à un concert n’a qu’à payer (plein pot) pour. Hors de question pour celui qui a peu ou pas d’appétence pour la culture de payer pour que d’autres en profitent. En revanche, l’inconditionnel de l’opéra ne manquera pas de se montrer généreux envers le Lincoln Center qui le gratifiera en retour de divers avantages, dont un peu de publicité. Il y a peut-être aussi l’importance accordée à l’implication de chacun dans la vie civile, via divers associations. Le mécénat, même modeste, est une forme d’implication. Il faut aussi montrer qu’on a réussi et qu’on a les moyens de faire du mécénat. Et puis, on doit sûrement se rencontrer au moins une fois l’an entre donateurs, ce qui permet également de s’afficher et de réseauter.

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