Ellis Island

Ellis Island fait partie de ces endroits tellement emblématiques et rabâchés que l’on pense en avoir fait le tour avant d’y mettre les pieds. Rien n’est plus faux.

Non content d’offrir de beaux panoramas de Downtown Manhattan depuis ses berges à l’instar de Liberty Island (l’île où se dresse la statue de même nom), le complexe d’Ellis Island est vaste et offre une abondante documentation sur le peuplement des États-Unis. Sur plusieurs étages, auxquels s’ajoutent deux cinémas, l’histoire des immigrants anciens et récents est contée depuis les premiers peuples qui, par vagues, ont traversé le Détroit de Béring, et raconter l’immigration revient ici à raconter l’histoire du pays lui-même. L’exposition est immense et une demi-journée n’est pas de trop.

Portraits émouvants en noir et blanc de ceux qui auraient pu facilement rester anonymes, leurs objets, leurs costumes, leurs coutumes, leurs récits personnels, les communautés qu’ils ont formées ou rejointes à leur arrivée, les contextes historiques et économiques qui les ont poussés à partir vers l’eldorado, avec leurs succès et leurs désillusions. Comme le relate une anecdote attribuée à un immigrant italien : « Avant de partir, je croyais que les rues y étaient pavées d’or. À mon arrivée, j’ai compris trois choses : les rues ne sont pas pavées d’or, elles ne sont pas pavées du tout, et c’est moi qui suis censé les paver. »

Ellis Island ouvre également les yeux sur la politique d’immigration actuelle de l’administration Trump. On s’aperçoit qu’elle plonge ses racines profondément dans un rapport mi-célébration mi-haine qui a existé en continuité depuis plus de deux siècles, où chaque génération et chaque communauté une fois bien établie ont souvent considéré la suivante comme invasive, nuisible et moins américaine qu’eux, que ce soit parce qu’elle accepte des boulots mal payés ou parce que sa religion et ses habitudes sont un tant soit peu différentes de la culture anglo-saxonne protestante alors majoritaire. Les catholiques Irlandais qui ont fui la famine et la misère il y a un siècle, pour ne citer qu’eux, furent les Mexicains et les Syriens d’aujourd’hui. Il faut voir les photos des immigrants du début du siècle dernier, parqués comme du bétail dans des enclos en métal en attente de leur passage devant l’inspection sanitaire et l’agent d’immigration. Et comment l’abréviation indiquant qu’untel risquait d’être une charge pour la société (« liable to public charge« ) était déjà un sceau d’infamie.

À l’extérieur du bâtiment, des panneaux en métal alignés en deux longs demi-cercles qui se font face portent le nom de toutes celles et ceux qui ont transité par ce lieu, rangés par ordre alphabétique, toutes origines confondues. Près de nous, un homme d’une soixantaine d’années montre fièrement à sa femme le nom de sa grand-mère qu’il vient d’y lire.

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