Au pas de courses

Reflet du multiculturalisme du Queens, les supermarchés locaux se vantent de proposer de nombreux produits « internationaux ». Ces derniers font généralement la part belle à la nourriture en provenance d’Amérique Latine, de sorte que les nombreuses communautés hispaniques y retrouvent quelques saveurs de leurs pays d’origine, et on s’amusera à comparer le fromage colombien de son cousin équatorien ou salvadorien. Les produits européens sont plus limités et concernent essentiellement les pays de l’Est et des Balkans : bocaux macédoniens, gâteaux tchèques, choucroute polonaise, gaufrettes serbo-croates, pâtes et conserves grecques. Mon préféré reste le « Petit Beurre Papadopoulos », associant brillamment un produit en français dans le texte avec un nom de famille on ne peut plus hélène. Les produits arabes, eux, vont rarement plus loin que le paquet de couscous.

Les quantités et mesures nécessitent un temps d’adaptation qui n’est probablement pas encore achevé. Le jus d’orange et le lait s’achètent au gallon ou au demi-gallon, les féculents et céréales en multiples de la livre américaine (454g), tandis que nous prenons toujours avec un léger sourire une boîte d’une « chopine sèche de bleuets » (sic). Nos remerciements vont aux produits destinés également au marché canadien et dont la traduction en français québécois est autrement plus savoureuse. Nous souririons sans doute moins devant une simple pinte de myrtilles.

Au long des rayons, on admire des murs entiers de boîtes de conserve et les mètres linéaires de sauce tomate – généralement un demi-rayon à eux seuls, le fantasme de tout amateur de pâtes – tandis que la part réservée au beurre de cacahuètes égale en taille celle dédiée aux confitures et chocolat à tartiner. Le pâtissier reste davantage sur sa faim et doit penser à remplacer la levure, quasi inexistante, par du bicarbonate de soude, tout en contemplant pensifs les alignements de gelée dont la palette de couleurs vives n’a d’égale que leur artificialité.

Amérique oblige, les surgelés ont droit à au moins un mur entier, essentiellement de crèmes glacées, de produits transformés et prêts à manger, ainsi que de légumes. Surprenamment, le poisson en est, lui, quasi absent. Les piscivores se font visiblement rares dans le quartier, à en oublier que New York borde l’Atlantique. Le froid polaire qui sévit devant ces vitrines rend presque agréable la climatisation qui fait frissonner le reste du magasin.

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